Accéder au contenu principal

Alien, review d'une oeuvre culte

Dans l'espace, personne ne vous entendra crier....



Alien de Ridley Scott est, avec Blade Runner du même réalisateur, un des films de science-fiction de prédilection à mes yeux.  Et, tout au long de cet article, je vais vous expliquer pourquoi vous avez devant vous l’un des plus beaux représentants de ce genre. Ellen Ripley, tes cheveux bouclés, ta culotte blanche et ta sueur chatouillant tes cris horrifiés. Je t’aime. Commençons



Un film d’horreur…. Certes… mais SF !



                Les films d’horreurs, souvent mal considérés par pas mal de monde à cause de leurs aspects (à la première surface) ridicules, ont bien souvent plusieurs sens de lecture. Car si ils jouent sur les peurs des spectateurs (Horreur/Peur,  vous suivez ? Vous êtes géniaux). Ils sont également des outils pour incorporer des thèmes, idées et critiques sur notre société. Romero et sa trilogie des zombies, qui est une satire de l’Amérique, en reste un des plus fameux exemples.

Mais la peur n’est pas (qu’) une affaire de gore, de course au trash et à la surabondance de torture qui ont déferlé sur nos écrans.  Ce ne sont pas des gosses qui ricanent en regardant des films comme Martyrs et en jouant à : bof, ce n’était pas dégueulasse. Non la peur, comme dans les films de Dario Argento, est avant tout une atmosphère. Une ambiance qui s’insinue dans l’esprit. Qui prend, sans relâche. Et Alien est, devant tout autre film, de ceux là.



La musique : 



Jerry Goldsmith offre à ce film une bande-son teintée de sombre, elle est dissonante et … organique. La musique semble coincée entre deux conceptions : la mélodie et l’aliénation des notes. Le chorus, la reverb, ces basses lourdes qui frappent nos oreilles et nos cœurs contrebalancés par l’aigu strident qui vient s’opposer rapide et fugace au background.


Cette première piste résume tout : cette impression de danger, ces cordes mutées et étranges, cette sensation d’essaim. Cet espace infinie supposé par les longues notes tenues. Elle introduit le film. Mais là ou Goldsmith montre tout son talent c’est dans sa volonté de faire de cette musique un élément vivant. Le thème principal du film se répète, évolue, grandie, se déforme. Il y ajoute des sonorités dissonantes comme implicite de la nature du « 8ème passager ». La musique, elle, est fantasmée, chuchotée, lancinante puis attaque au cœur.

 
Le parallèle avec le Xénormophe, cet étranger coincé entre la forme de son ancien hôte (Kane interprété par le superbe John Hurt habitué à la SF de qualité) et son espèce à lui, est palpable. Car il est à noter que l’Alien (qui est le résultat d’une fécondation par facehugger) partage des traits communs avec son hôte. Il est une forme d’humanoïde dissonant. Lui aussi. 










La piste Parker & Lambert montre très bien ce « vivacité » de la musique de John Goldsmith. Les cordes accompagnées par les trompettes lourdes,  ces grognements…. 

L’esthétisme du film : 


Comme Ridley Scott le prouvera plus tard avec Blade Runner, le futur n’est pas utopique. Il est sale, inesthétique, la pluie polluée tombe éternelle, les machines ne marchent pas, les câbles jonchent les sols et les murs, les tuyaux sont apparents et suintants, les supers ordinateurs promis par la s-f propre sont réduits à des ordinateurs proche de nous (pour l’époque). Tout dans cet univers nous propose un futur à l’aspect crade, un futur que nous ne souhaitons pas. Et pourtant un futur beaucoup plus réaliste.  Ce « rétro-futurisme » fait partie intégrante du Nostromo, ce vaisseau sur lequel l’intrigue se joue. 




 Mais l’expression rétro-futurisme n’est pas lâchée à la légère car nous retrouvons, à la création des costumes, un certains Moebius. Si vous ne connaissez pas ce tout grande de la science-fiction (et de la bd) je vous demande, en toute amitié, de sauter sur ses œuvres. Tout de suite. 


Le choc esthétique, celui qui vous prend aux tripes, vous force à vous poser des questions, revient essentiellement à l’artiste Giger.  Sa conception d’une créature entre organisme et mécanique perd nos repères et ouvre des nouvelles  visions d’horreurs à nos esprits.  L’Alien en est bien sûr très représentatif, mais nous y reviendrons plus tard. Parlons surtout des décors.  Le Space Jockey (image-ci-dessous), éléments marquants de la série, nous montre et démontre, à lui seul, cet aspect organique/mécanique. Le cadavre et les os fusionnant avec la chaise de pilotage, les murs ornés de tuyaux ressemblant à des veines. Superbe.



La main de maître de Ridley Scott : 



L’histoire, plutôt simple si nous la résumons (des astronautes ramenant à leur insu dans leur vaisseau une créature externe qui va les massacrer un à un), devient entre les mains de Scott un crescendo de sensations, passant du merveilleux à une angoisse labyrinthique sombre et tenante. Il joue pour cela d’un effet de suspens intéressant, avec notamment l’attente dans la révélation de la créature, de ses dangers, de son comportement mais surtout de son aspect. Il prend son temps, nous laissant le nôtre pour déguster les plans superbes des vaisseaux, la vie des passagers, leurs relations complexes. Mais surtout il nous fait passé à travers un panel de sensation/ d’émotions totalement opposée, nous perdant encore plus dans les méandres ce nos peurs. On s’éblouit, on crie. Puis la créature se laisse deviner, peu à peu. Les effets sont ménagés, allant jusqu’à intégré la créature à un décor, comme une vision fugace de la fatalité qui va se jouer du personnage passant par là.

Les plans, superbes de Scott qui était au début de son apogée, ne sont pas les seules choses qui nous permettent de nous plonger cœurs, corps et âme dans ce voyage spatiale frôlant les enfers et leurs obscurités. L’une des principales qualités d’Alien est de construire un univers plus large que le film en lui-même. Comme Lovecraft, ou Tolkien dans un autre genre, s’amusait à donner de longues descriptions, des détails presque insignifiants à son lecteur pour nous faire entrer dans ce monde, pour nous faire croire à ce monde ; Ridley Scott joue de la même façon avec nous. Les références à la « compagnie » nommée Weyland-Yutani nous font croire à une pieuvre capitaliste, de même que ce Space Jockey éventré, laissé là, sans explications. Tout ceci nous fait croire, nous montre et démontre un univers externe au film. Un univers qui l’englobe et nous fait réfléchir.



Les personnages, points forts du film : 


Ellen Ripley : 




Lieutenant Ellen L. Ripley fut une bouffée d’air frais lors de la sortie en salle d’Alien. Car, si pour nous les femmes dîtes bad ass existent, il est à noter que Ripley fut la première de cette catégorie, renvoyant les scream-girls ( Jamie Lee Curtis dans Halloween par exemple, il s’agit d’une femme faible ne servant qu’à crier…) à la poubelle. Et tant mieux.
La personnalité de cette dame jouée par Sigourney Weaver  fait d’elle une battante, une femme forte ne se laissant pas marcher sur les pieds. Refusant des ordres directs de son Commandant, bravant le Xénomorphe. Ce personnage fut le premier à vouloir changer la dominance des rôles masculins. Elle fait partie des meilleurs personnages de SF jamais créé. Ce n’est pas (que) moi qui le dis : Elle arrive huitième dans le classement « Greatest Hero in American Cinema History » proposé par l’Institut de Cinéma Américain, et est première du classement des 100 plus grandes héroïnes cinématographiques. 
Le jeu de Sigourney, son charisme (je suis amoureux) y est pour beaucoup. Ses prestations furent saluées par les critiques, avec des nominations au Saturn Awards…. 
Mais le plus intéressant dans ce personnage d’Ellen Ripley est son opposition littérale (en premier lieu, si l’on oublie Alien Résurrection de Jeunet) avec son ennemi  intime : le Xénomorphe. 


Le Xénomorphe :


 La créature imaginée par Giger est superbe, horrifique mélange entre organisme vivant et mécanique.  C’est un prédateur. Mais ce terme n’est pas balancé ici par hasard. Car l’aspect sexuel de l’Alien n’est pas juste une extrapolation subjective, elle est voulue par Giger. Ses œuvres, mêlant positions lascives, pénétrations consenties –ou non-, proposes des images charnelles et décharnées d’un enfer pervers. Et la créature hantant  les couloirs du Nostromo nous le prouve. Encore une fois elle se trouve dans un flou entre la dichotomie homme/femme de notre civilisation. Ses armes, naturelles, sont composées d’une seconde mâchoire interne pénétrant (souvent) le crâne de ses victimes. Sa queue, longue et acérée, sert également à empaler. 



J’imagine que vous voyez où je veux en venir avec tout ce champs lexical sexuel. Le Xénomorphe est un prédateur sexuel, où tout du moins imaginé dans ce sens par Giger qui l’avoue bien volontiers.  L’opposition avec Ellen Ripley est encore renforcée.





Les thèmes :


Si Alien brille par son esthétisme, sa musique et son story-telling, il brille également par ses thèmes sous-jacents.


Le thème de la sexualité, comme introduit plus haut,  est un thème important de ce film. Le viol, avec le facehugger s’accrochant au visage de sa victime, pénétrant de force l’œsophage et y pondant, la queue du Xénomorphe qui, comme nous le laisse deviner le montage, pénètre Lambert après s’être lentement dressée devant elle. Il est également important de noter que si les hommes de l’équipage sont assassinés rapidement, les femmes elles sont la cible du jeu de l’Alien. La poursuite et la confrontation entre Ripley et lui en est un parfait exemple.  Notons également deux lorsque Ripley se retrouve seule, se pensant sauvée, à défaut, elle révèle enfin sa féminité (cachée tout au long du film par un uniforme de la compagnie) en se mettant en sous-vêtements. Sans savoir que l’Alien est là, terré dans l’obscurité la dévorant du regard. Sa seconde mâchoire s’étirant dans une érection explicite, le tout couvert de grognements. Ripley, pour se défendre, aura d’abord le réflexe de se recouvrir puis d’agir. 


Mais les thèmes sexuels ne sont pas centrés uniquement sur le viol, ou la violence sexuelle, non. Nous pouvons également trouver, dans la scène d’ouverture du film le sous-thème de la naissance. La chambre de « sommeil l », nommée par le Réalisateur lui-même « womb » (qui signifie utérus dans notre langue), nous montre une seconde naissance. Le personnage joué par John Hurt, se réveille lentement, ouvrant les yeux après plusieurs secondes. 

Le thème de la naissance se retrouve également dans la scène du chestburster (« l’éclateur de poitrine », il s’agit de l’Alien forme « bébé », le résultat de l’implantation par le facehugger) qui, si l’on suit les idées de Freud, se trouvent être la peur intime et infantile concernant l’accouchement. Une mauvaise et terrible idée de la fécondation par l’enfant, celle de la fécondation par la bouche. Le vaisseau Nostromo possède un ordinateur portant le nom de "Mother". Soulignons également que la « mère » accouchant se trouve être John Hurt. 


Un autre thème, lui, se trouve implanté dans tout cela. Le Xénomorphe n’est pas la seule créature avalant goulûment l’équipage. Il y en a une autre, créée par l’homme lui-même. Le Capitalisme.  Si l’on suit les dialogues et les personnages de Parker et Brett, tous deux mécaniciens et… vivants aux étages inférieurs du Nostromo, ils sont sous-payés, travaillent trop. L’ordre, donné directement à Ash par la Weyland-Yutani, disant de ramener la créature à la compagnie et précisant que  la survie de l’équipage est superflue, montre explicitement ce dilemme du capitalisme : manger le peuple pour gagner en capital. 





Conclusion : 





Sous ses aspects de slasher movies, Alien se trouve être une perle rare de la science-fiction. L’esthétisme, le futur sale, le « biomécanisme » de Giger en font une œuvre à part visuellement. L’atmosphère viscérale renforcée par les sous-thèmes vus plus haut et la musique de Jerry Goldsmith en font une expérience de spectateurs à part entière. Il date de 1979, pourtant peu de film on réussit à s’élever à son niveau. 
Un chef d’œuvre artistique, d’ambiance, de qualité de plan et d’image. Son rang de film culte n’est pas démérité. 
Merci  Ridley Scott, Giger, Goldsmith, Moebius. 
Dans l’espace, personne ne vous entends crier.  Mais applaudir, sans doute.

Commentaires

  1. J'adore !

    Je veux la même chose pour Blade Runner !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Je valide !!! (Mais qu'il attende que je vois le film avec lui, car sinon je porte plainte pour spoil !)

      Supprimer
  2. Et tiens, je commente juste pour que tu sois bien sûr que j'ai lu (vu que tu en doutais encore hier) !!

    Et je veux beaucoup.

    RépondreSupprimer
  3. Je valide encore plus cet article Apres visualisation de ces chef d'œuvres que j'aime d'amour !

    RépondreSupprimer

Enregistrer un commentaire

Posts les plus consultés de ce blog

Le Contorsionniste de Craig Clevenger

Il y a des livres qui vous appellent, sifflant au vent une mélopée douce et amère qui vous met en éveil: cette chanson, vous la connaissez, vous en goûtez toute la poésie et le rythme. Elle fait déjà danser votre imagination. C'est une couverture, un synopsis, une phrase ou une citation. Moi: ce fut un tout pour ce livre. Et la chanson que ce livre sifflait, dans sa culture parfaite, était celle de Fight Club: Where is my mind ? des Pixies. Alors j'ai sombré, le sourire aux lèvres.          Une mélodie qui a marqué mon adolescence, tant par le film que le roman. Mais je ne parle pas seulement du cynisme, de la réflexion sur notre société, des visions inscrites dans mon imagination, du twist, de l'aspect punk... je parle également de la plume. L'organe essentiel à tout écrivain: celle de l'extension de sa propre âme.
Le Contorsionniste, édité par le Nouvel Attila,  m'a pris par surprise à la suite d'une soirée littéraire dans une librairie. Et, ivre…

Rogue One: la Force est avec nous !

Oh Star Wars, muse de mon imaginaire qui me poursuit depuis cette VHS de l'Empire contre attaque, je t'aime. Vraiment. Beaucoup. Me Love You Longtime. Avec ou sans tendresse.
Hier soir, tu m'as encore procuré une petite claque. Merci.




Rogue One était annoncé, par les critiques du net, comme 1) soit un chef-d'oeuvre et le meilleur Star Wars 2) une décéption totale. J'y allais donc avec une attente démultipliée surtout après ma petite déception du VII qui m'avait laissé sur ma faim. Alors, armé de mon pop corn (oui je suis de ces fdps, salut salut) et de ma copine totalement allergique à Star Wars, je me suis posé devant le grand écran avide de cette nouvelle aventure. Une aventure qui semblait énorme car, presque, libérée du poids des autres films. La préquelle pouvait lui donner des ailes où les brûler. Alors, Icare/20 ou pas ?





Ce Star Wars tient ses promesses: celle d'une histoire dans l'univers de Star Wars avant la première trilogie et de tout que…

L'originalité : indispensable chez l'auteur ?

Il y a des choses qui sont essentielles de savoir pour avancer dans la vie. Celle de comprendre que les claques font partie du jeu, que Alien 3 est un superbe film et que, au niveau de l'écriture, la course à l'originalité est une perte de temps sans nom. Parce que, tout simplement, elle n'est pas si primordiale.

"Wait ? What ? Je ne suis pas un mercenaire de la culture"
Oui, je sais. Et je l'espère. Je ne suis pas là pour te dire de te jeter sur chaque genre littéraire qui buzz. La phrase que je viens d'asséner est là pour provoquer. Mais la vérité qu'elle sous-tend est, elle, intelligible. Et cohérente. Et je m'en vais, du haut de mon clavier avec des touches assez douces, t'expliquer pourquoi. Es-tu prêt ami-e de la plume ? Allons-y.


Nous sommes les créatures des choses que l'on créée.



Si l'on en revient à la base même de la vie et de l'imagination, chaque chose que nous créons provient d'un empirisme social mais également d&#…